23 mars 2015

La famille grand-ducale et les présidents français

Le président français François Hollande a effectué une visite officielle au Luxembourg le 6 mars 2015. Un déplacement d’une seule journée qui a démarré par un accueil du couple grand-ducal suivi d’un entretien au Palais. Dans l’après-midi, ils se rendirent ensemble au château de Betzdorf, lieu qui a vu la naissance du grand-duc Henri en 1955 et qui abrite le siège de la Société Européenne des Satellites, puis à Esch-Belval. En soirée, une dîner de gala fut offert au Palais grand-ducal en présence du couple héritier. Dans son toast, le grand-duc Henri a déclaré : « C’est un privilège pour la Grande-Duchesse comme pour moi-même que de vous souhaiter la bienvenue ce soir. En effet, la venue d’un Président de la République française au Grand-Duché de Luxembourg est un événement marquant, tant par sa portée que par sa rareté. […] Evoquer les relations du Luxembourg avec la France se révèle un exercice complexe. Leur importance n’a pas vraiment d’équivalent, leur plasticité à travers le temps étonne, la part qu’elles laissent à l’émotion est unique. Parler de la France, c’est aussi parler de nous-mêmes et de ce que nous, Luxembourgeois, ressentons au plus profond. » 

© Photo 2015 SIP/Charles Caratini/tous droits réservés
 
© Photo 2015 SIP/Jean-Christophe Verhaegen/tous droits réservés


Cet événement est l’occasion de passer en revue les précédents contacts officiels avec les différents présidents français. Après le règne de la grande-duchesse Marie-Adélaïde, critiquée par la France qui fit pression après la Première Guerre Mondiale pour son abdication, le régime français observa avec une certaine méfiance les débuts de sa sœur Charlotte. Pour preuve, un télégramme d’octobre 1920 émanant du Ministre de France à Luxembourg en réponse au Ministre des Affaires étrangères Leygues qui s’étonnait de la nouvelle des fiançailles de la princesse Sophie avec le plus jeune fils du roi de Saxe. Après une entrevue avec le Maréchal de la Cour, le diplomate eut un entretien avec le Ministre d’Etat « pour lui marquer combien nous étions loin de nous attendre à de pareilles nouvelles alors que le gouvernement luxembourgeois nous assurait de son constant désir de marcher en toute occasion d’accord avec l’Entente ». 

La grande-duchesse Charlotte pu éloigner tout soupçon en se désolidarisant de l’attitude de ses sœurs qui ne l’avaient d’ailleurs pas consulté avant leurs fiançailles. D’ailleurs, une note du Département datant de novembre 1920 vise une autre personnalité de la famille grand-ducale vue comme germanophile : « On aurait lieu à craindre que la grande-duchesse douairière Marie-Anne, qui réside en Bavière avec ses filles, ne renonce pas facilement à toute influence dans le pays ». Le 15 février 1920, la grande-duchesse Charlotte, accompagnée du prince Félix, avait d’ailleurs été invitée à se rendre à Thionville, ayant jadis fait partie du duché de Luxembourg, où elle fut accueillie par le président Raymond Poincaré. Ce déplacement coïncidait avec la remise de la Légion d’honneur à la ville mais sans doute que cela marquait une réconciliation formelle entre les deux pays. En mémoire de cette visite, une « Rue de la Grande-Duchesse Charlotte (1896-1985) » a été inaugurée en 2006 en présence du grand-duc Henri et de la grande-duchesse Maria-Teresa. 

© Bibliothèque Nationale de France


C’est le 22 juillet 1937 que la grande-duchesse Charlotte et le prince Félix furent reçus officiellement à l’Elysée par le président Albert Lebrun. Un déplacement à l’occasion de l’Exposition universelle de Paris à laquelle participait le grand-duché. Deux ans plus tard, le 3 août 1939, le président Lebrun effectua un voyage au Luxembourg pour un dîner à la Légation en présence des membres du gouvernement. Il fut reçu en audience par la famille grand-ducale. Bien que de nature semi-privée, ce déplacement fut accueilli favorablement au Luxembourg, comme une promesse d’amitié, particulièrement appréciée dans le contexte de la montée des périls. 

1937

1939


Du 20 au 22 juin 1957, le président René Coty effectua une visite d’Etat au Luxembourg, la première d’un chef d’Etat français. Il y reçut un accueil très chaleureux des autorités mais aussi des Luxembourgeois. Pour son arrivée, la capitale était décorée d’oriflammes, de guirlandes lumineuses et, aux abords du Pont Adolphe, d’obélisques décoratifs surmontés de flammes symboliques portant les écussons des deux pays. Les écoliers purent d’ailleurs bénéficier d’une journée de congé pour aller accueillir le président Coty. Lors du dîner de gala, la grande-duchesse Charlotte indiqua que : « Votre visite, Monsieur le Président, nous apparaît comme une démonstration solennelle de l’amitié séculaire qui n’a cessé d’unir nos deux pays dans les bons comme dans les mauvais moments ». Outre le couple héritier, le prince Charles et la princesse Marie-Adélaïde participaient aux réjouissances. Après le dîner, une apparition au balcon eut lieu. Lors de ce déplacement, le président de la République alla rendre visite au grand-duc héritier Jean et à la grande-duchesse héritière Joséphine-Charlotte au Betzdorf, l’occasion de faire également connaissance avec leurs enfants. Un feu d’artifice fut tiré dans la capitale pour saluer le départ du président Coty.



La grande-duchesse Charlotte et le prince Félix étaient à Paris le 4 février 1961. Un déjeuner fut offert en leur honneur à l’Elysée, dans le Salon Murat, par le président Charles de Gaulle et son épouse. Ce déjeuner comptait une quarantaine de convives. Le général de Gaulle commença son discours par ces mots : « Votre Altesse Royale a tenu à nous rendre visite, d’une manière presque intime. Nous espérons, cependant, que nous aurons un jour la joie et l’honneur de la recevoir à Paris avec toute l’ampleur officielle et populaire qui répondrait aux sentiments que la France porte au Luxembourg et à sa gracieuse souveraine ». A l’issue du déjeuner, Charlotte remit l’Ordre du Lion d’Or au général. Une estime mutuelle devait sans doute unir ces deux figures de la Résistance. 



Les vœux du général de Gaulle furent exhaussés en 1963. La grande-duchesse Charlotte réserva sa toute dernière visite d’Etat, avant son abdication, pour la France du 2 au 5 octobre. Mais elle eut l’occasion de revoir le président français l’année suivante, le 26 mai 1964, à l’occasion de l’inauguration du canal de la Moselle. En compagnie du président ouest-allemand Lübke, ils prirent part à une mini-croisière de 270 kilomètres à bord du « Strasbourg », entre les villes d’Apach et de Trêves. Suite au décès du général de Gaulle, le grand-duc Jean se rendit au service solennelle organisé à Notre-Dame de Paris pour les chefs d’Etat, tandis que sa mère assista au service en la cathédrale de Luxembourg. 





Les 3 et 4 mai 1972, ce fut au tour du président Georges Pompidou et de son épouse d’effectuer une visite d’Etat au Luxembourg. Ils y reçurent un accueil tout aussi enthousiaste que le président René Coty en son temps. Et tout comme lui, après le dîner de gala à la Chambre des députés et la réception au Palais, il eut l’occasion d’apparaître au balcon. Suite au décès du président en exercice Pompidou, un deuil fut décrété à la Cour jusqu’aux funérailles. Le grand-duc Jean assista au service solennelle dans la cathédrale Notre-Dame de Paris. 





Le grand-duc Jean et la grande-duchesse Joséphine-Charlotte se rendirent en visite d’Etat en France du 18 au 20 septembre 1978 à l’invitation du président Valéry Giscard d’Estaing et son épouse. Lors du dîner de gala à l’Elysée, auquel le prince et la princesse Napoléon ainsi que la princesse Irène des Pays-Bas étaient conviés, le grand-duc Jean évoqua dans son allocution la mémoire de Robert Schuman, moteur de la construction européenne qui naquit au grand-duché. Le dîner de retour, offert par le couple grand-ducal, fut organisé à l’Hôtel Marigny. Pour l’anecdote, le président Giscard d’Estaing offrit lors de ce séjour au grand-duc Jean un parchemin du XIVe siècle évoquant les liens entre Jean l’Aveugle, comte de Luxembourg, et le roi Philippe VI. Ce n’était pas la première fois que les deux couples se rencontraient : Jean et Joséphine-Charlotte avaient été reçu à déjeuner à l’Elysée en 1976 et ils furent conviés en 1977 à l’inauguration du Centre Georges Pompidou.

1976

1978

1978


Le président François Mitterrand se rendit durant ses deux mandats à plusieurs reprises au Luxembourg pour des visites de travail. Le premier déplacement après sa victoire en 1981 fut d’ailleurs de cette nature, à l’occasion du 20e sommet européen, et rencontra le grand-duc Jean lors d’une audience. Les 13 et 14 mai, le président Mitterrand et son épouse se rendirent en visite d’Etat au Luxembourg. Le Palais grand-ducal étant en travaux, le président bénéficia de la Villa Vauban, lieu de travail provisoire du grand-duc Jean, pour ses rencontres politiques. Le dîner de gala eut lieu dans le cadre de l’ancienne abbaye d’Echternach. Les temps avaient alors changé et ces déplacements officiels n’attiraient plus les foules comme pour le président Coty en 1957 et le président Pompidou en 1972. Le président Mitterrand fit d’ailleurs face à des manifestants écologiques – comme François Hollande en 2015 – concernant plusieurs dossiers français intéressant le grand-duché, comme la proximité de la centrale nucléaire de Cattenom. Suite au décès de l’ex-président en 1996, Jean et Joséphine-Charlotte assistèrent au service solennelle à Notre-Dame de Paris.






Avec l’abdication du grand-duc Jean, son successeur effectua deux visites officielles de courtoisie à Paris et à Berlin. Le grand-duc Henri et la grande-duchesse Maria-Teresa furent accueillis le 10 octobre 2000 par le président Jacques Chirac et son épouse à l’Elysée. Aucune visite d’Etat n’eut lieu durant les deux mandats du président Chirac, pas plus que lors de la présidence de Nicolas Sarkozy. Des rencontres officieuses sont néanmoins probables puisque le Fort de Brégançon, lieu de villégiature du président français depuis 1968, se situe à côté de la Tour Sarrazine, propriété de la famille grand-ducale. Dans ce cadre, la presse luxembourgeoise avait d’ailleurs rapporté que le grand-duc Henri aurait rencontré François Hollande lors des vacances d’été en 2012.


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Sources :
- KERSTIN S. (2015), « Les présidents français au Luxembourg. De Coty à Hollande en passant par Pompidou », Luxemburger Wort [consulté en ligne]
- « M. Mollard, Ministre de France à Luxembourg, à M. Leygues, Ministre des Affaires étrangères » dans MINISTÈRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES (2002), Documents diplomatiques français. 1920. Tome III. 24 septembre 1920 – 15 janvier 1920, Bruxelles, P.I.E.-Peter Lang, pp. 162-163

1 mars 2015

Palais royal de Bruxelles : le Salon du Penseur

Le Salon du Penseur, également appelé parfois Salon Carré eu égard à ses dimensions, situé à l'emplacement de l'ancien hôtel Bender, a vu le jour en 1868 dans le cadre des travaux d'agrandissement demandés par le roi Léopold II à l’architecte Alphonse Balat. Dans le prolongement de la Grande Galerie, ce petit salon a été décoré dans le même esprit. Ses dorures furent restaurées en 1897 par le peintre Charles-Léon Cardon.  


© Antonio José da Conceição Ponte/tous droits réservés


Ce salon tire sa dénomination usuelle d'une pendule de bronze qui orne la tablette de la cheminée. Cette pendule est surmontée d'un penseur, inspiré de celui (Il Pensieroso) dû à Michel-Ange et qui orne le tombeau de Laurent de Médicis, dit le Magnifique, à Florence. Cet élément du décor, jugé trop imposant, fut un temps relégué dans la Salle du Trône

© Antonio José da Conceição Ponte/tous droits réservés


Dans le Salon du Penseur ont été installés deux toiles en ovale sur lesquelles figurent le roi Léopold III et la reine Astrid. Cette dernière, vêtue d'une robe blanche décolletée et portant un collier de perles et un diadème, avec un bouquet de roses rouges en avant-plan, a été peinte dans les années 1930 par le suédois G. Bernhard Österman. La peinture illustrant le roi Léopold III est par contre bien postérieure puisqu'il s'agit d'une commande au peintre Roger Trente datant de 1993. 

© Antonio José da Conceição Ponte/tous droits réservés

© Antonio José da Conceição Ponte/tous droits réservés


Depuis 1909 et le décès du roi Léopold II, une chapelle ardente y était habituellement installée, où les Belges pouvaient rendre un dernier hommage au défunt. Ce fut le cas pour le roi Albert Ier en 1934, la reine Astrid en 1935, la reine Elisabeth en 1965, le prince Charles et le roi Léopold III 1983 ainsi que pour le roi Baudouin en 1993. Cette tradition n'a pas été respectée suite au décès de la reine Fabiola, dont la chapelle ardente fut installée dans la Grande Antichambre

Chapelle ardente de la reine Astrid en 1935

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Sources principales : 
- DE LA KETHULLE DE RYHOVE T. (1965), "Description des salons du Palais Royal de Bruxelles", dans Léopold Ier et son règne, Bruxelles, Archives Générales du Royaume, pp. 82-83 
- DE LA KETHULLE DE RYHOVE T., VANDEWOUDE E. et VAN YPERSELE DE STRIHOU A. (1975), Le Palais Royal à Bruxelles, Bruxelles, Pehel Brussels, p. 93 
- RANIERI L. (1991), « Les grandes heures depuis 1830 » dans Le Palais de Bruxelles. Huit siècles d'art et d'histoire, Bruxelles, Crédit Communal, pp. 345-372 
- VERMEIRE M. (1991), « Le Roi dans ses meubles » dans Le Palais de Bruxelles. Huit siècles d'art et d'histoire, Bruxelles, Crédit Communal,pp. 303-344

16 février 2015

Décès du frère aîné de la Grande-Duchesse

C'est par ce communiqué de la Cour grand-ducale, diffusé le lundi 16 février en soirée, que cette nouvelle a été annoncée : « Leurs Altesses Royales le Grand-Duc, la Grande-Duchesse et les Membres de la Famille grand-ducale annoncent avec une très grande tristesse le décès de Monsieur José Antonio MESTRE, le frère aîné de Son Altesse Royale la Grande-Duchesse, survenu aujourd'hui à Miami, à l'âge de 62 ans ». 

Printemps 1956 : l'une des premières photos de Maria
Teresa sous les yeux de son frère José Antonio


José Antonio Mestre y Bastista était l'aîné de José Antonio Mestre y Alvarez (1926-1993) et de Maria Teresa Batista y Falla (1928-1988). Ses parents ont donné ensuite naissance à trois enfants : Maria Teresa en 1956, suivie de Luis en 1959 et de Catalina en 1960. En octobre 1959, suite à la révolution castriste, la famille cubaine d'origine espagnole quitta Cuba pour s'installer à New York jusqu'en juin 1965. Ils ont passé ensuite quelques mois à Santander en Espagne - lieu que leurs ancêtres quittèrent au XIXe pour faire fortune en Amérique latine - avant de finalement résider à Genève où le patriarche eut l'occasion de se recréer une situation dans le monde des affaires et de la finance. 

Noël 1969 à Genève (José Antonio figure à l'arrière-plan,
à côté de sa mère)

La famille, accompagnée de la grand-mère maternelle des enfants, a d'abord occupé une maison au sein du quartier des ambassadeurs puis un appartement de six pièces en ville. José Antonio et Maria Teresa qui avaient entamé leurs études aux Etats-Unis les ont donc poursuivies, ainsi que les deux plus jeunes, en Suisse. Les membres de la famille avaient d'ailleurs obtenu la nationalité suisse. A la maison, ils reçurent une éducation à la fois raffinée et libérale. Au moment du mariage de Maria Teresa en 1981 avec le grand-duc héritier Henri de Luxembourg, José Antonio, âgé de 27 ans, travaillait alors aux Etats-Unis. 

Entre sa grand-mère maternelle et son frère Luis au mariage de sa sœur
Maria Teresa en 1981 

Ces dernières années, José Antonio, qui ne s'est jamais marié, avait connu des ennuis de santé. En mai 2011, il avait été victime d'un accident vasculaire cérébral et avait été plongé dans le coma. Sa sœur Maria Teresa avait alors écourté sa participation à une visite d'Etat en Norvège pour se rendre à son chevet dans une clinique de Floride. Sorti du coma après huit jours, sa santé était restée délicate. Il avait fait le déplacement en Europe pour le mariage de ses neveux Guillaume en 2012 et Félix en 2013. José Antonio Mestre y Batista est décédé à 62 ans à son domicile de Miami. 

Mariage du prince Félix en 2013 : José Antonio
(à droite) aux côtés de son oncle Victor Batista
donnant le bras à Catalina 

Royalement Blog tient à présenter ses plus sincères et respectueuses condoléances à la Grande-Duchesse et à la Famille Grand-Ducale.