24 juin 2015

Palais royal de Bruxelles : la Salle des Glaces

La Salle des Glaces doit son existence aux travaux commandés par le roi Léopold II à l’architecte Henri Maquet en 1904 afin de doter le palais d’une nouvelle façade qui était alors jugée comme inesthétique. Se trouvant à l’emplacement de l’ancien hôtel du commandant militaire autrichien, trois petits salons, déjà remaniés sous la période hollandaise, avaient été rassemblés dans le cadre de ses travaux pour former une salle de vingt-six mètres et demi de longueur sur onze mètres de largeur. 




Le décor de cette salle devait évoquait le Congo, Etat indépendant dont Léopold II était le souverain depuis 1885, notamment au travers de fresques allégoriques au plafond. Cependant l’architecte décéda le 27 novembre 1909, suivi le 17 décembre suivant par le monarque commanditaire des travaux. Ceux-ci furent terminés en 1910, mais le roi Albert Ier demanda que, face aux fenêtres, quatre grandes glaces encadrassent les pilastres cannelées, faites de marbre beige veiné de blanc. Le plafond, lui, fut recouvert d’une couche de couleur provisoire avec monogramme du roi Albert Ier. 

© Antonio José da Conceição Ponte/tous droits réservés

© Antonio José da Conceição Ponte/tous droits réservés


La Salle des Glaces qui se veut être inspirée, tant au niveau des proportions que des boiseries, de la salle d’un palais italien possède des murs mêlant le marbre et le cuivre. Les portes sont sculptées dans le chêne. Deux cheminées monumentales, faites en marbre et en bronze doré, sont situées de part et d’autre de la pièce. Ce sont les seuls éléments qui évoquent l’Afrique puisqu’une carte de ce continent y est incrustée. L’éclairage est dû à trois lustres et dix appliques en bronze doré de style Louis XVI. 

Décor au-dessus des portes
© Antonio José da Conceição Ponte/tous droits réservés

Des angelots entourant le monogramme du roi Albert Ier
© Antonio José da Conceição Ponte/tous droits réservés


En 2002, à l’initiative de la reine Paola, le plafond et le lustre central ont été décorés de 1,4 million élytres de scarabées thaïs. Cette œuvre contemporaine, Heaven of Delight, est signée Jan Fabre. Elle a nécessité trois mois de travail pour une équipe de vingt-neuf personnes. Le visiteur peut d’ailleurs s’amuser à retrouver dans cet ensemble un « P », un hommage à la reine Paola dont l’initiative acheva enfin ce plafond. Afin d’admirer la réverbération de la lumière sur les élytres, un éclairage spécial a été installé. 




A l’origine, la Salle des Glaces pouvait servir comme lieu de présentation par les corps constitués de leurs vœux aux souverains à l’occasion du Nouvel An. Lors des réceptions, un buffet pouvait y être dressé et une grande loge, située sous la voûte du plafond, pouvait accueillir un orchestre. A deux reprises, les lieux ont servi de photo souvenir pour des sommets en présence de chefs d’Etat et de gouvernement : un sommet à l’occasion de la présidence belge du Conseil de l’Union européenne en 1987 et le Sommet Europe-Asie en 2010. Lors de l’ouverture estival du palais, les lieux accueillent bien souvent des activités ludiques pour les plus jeunes ou des expositions. 




_______________
Sources principales : 
- DE LA KETHULLE DE RYHOVE T. (1965), "Description des salons du Palais Royal de Bruxelles", dans Léopold Ier et son règne, Bruxelles, Archives Générales du Royaume, pp. 83-84 
- DE LA KETHULLE DE RYHOVE T., VANDEWOUDE E. et VAN YPERSELE DE STRIHOU A. (1975), Le Palais Royal à Bruxelles, Bruxelles, Pehel Brussels, p. 93 
- RANIERI L. (1991), « Les grandes heures depuis 1830 » dans Le Palais de Bruxelles. Huit siècles d'art et d'histoire, Bruxelles, Crédit Communal, pp. 345-372 
- VERMEIRE M. (1991), « Le Roi dans ses meubles » dans Le Palais de Bruxelles. Huit siècles d'art et d'histoire, Bruxelles, Crédit Communal, pp. 303-344

19 mai 2015

Le prince consort Félix de Luxembourg

Le prince Félix, Marie, Vincent de Bourbon de Parme est né le 28 septembre 1893 en château de Schwarzau am Steinfeld en Autriche. Il est le fils de Robert Ier (1848-1907), dernier duc de Parme, déposé en 1859. Le prince Félix est le sixième des douze enfants du second mariage de son père avec la princesse Maria Antonia de Bragance (1862-1959). Ses aînés étaient Adélaïde (1885-1959), Sixte (1886-1934), Xavier (1889-1977), Françoise (1890-1978) et Zita (1892-1989), et ensuite sont nés après lui René (1894-1962), Antoinette (1895-1977), Isabelle (1898-1984), Louis (1899-1967), Henriette (1903-1987) et Gaëtan (1905-1958). 

Zita et Félix selon un pastel de Carl Fröschl


Douze enfants avaient déjà vu le jour durant le premier mariage du duc Robert avec la princesse Maria Pia de Bourbon-Siciles (1849-1882) qui mourut d’ailleurs d’épuisement suite à son ultime grossesse. Hormis Marie-Louise (1870-1899), Béatrice (1879-1946) et Elie (1880-1959), trois enfants sont décédés le jour de leur naissance (Auguste en 1882) ou en bas âge (Ferdinand à l’âge d’un an en 1872 et Anastasie à deux semaines en 1881), alors que les six autres étaient handicapés mentaux : Louise (1872-1943), Henri (1873-1939), Immaculée (1874-1914), Joseph (1875-1950), Thérèse (1876-1959) et Pia (1877-1915). 

Le prince Félix entouré de ses sœurs Françoise et Zita
La famille en 1906 à la Villa Pianore (Italie)
Premier rang (gauche à droite) : Immaculée, Antoinette, Isabelle, le duc Robert, Henriette,
Louis, la duchesse Maria Antonia tenant sur ses genoux Gaëtan, René et Zita
Second rang (gauche à droite) : Françoise, Pia, Louise, Adélaïde, Thérèse, Joseph, Xavier,
Henri, Sixte et Félix


Ayant passé son enfance entre l’Autriche, l’Italie et la France, le prince Félix a fréquenté l’Académie militaire de Vienne. Il s’engagea volontairement en tant que major d’artillerie le 25 août 1914 dans l’armée autrichienne au déclenchement de la Première Guerre mondiale. Il choisit le même camp que son frère René et son demi-frère Elie, tandis que ses frères Sixte et Xavier combattirent dans l’armée belge faute de pouvoir intégrer l’armée française. Nommé second lieutenant du 15e régiment des dragons autrichiens le 1er juillet 1915, il en devint lieutenant le 11 novembre 1916. L’un de ses états de service indiquait : « Très efficace si l’on considère son court temps de service ; s’efforce d’élargir ses connaissances militaires ainsi qu’en matière de cavalerie. Très courageux devant l’ennemi, a fait preuve de cran et d’initiative au combat ». Il reçut en 1915 la Grande Médaille d’argent pour la Bravoure, pour conduite courageuse devant l’ennemi, ainsi que la Croix de fer de première et seconde classes de l’Empire allemand. Nommé capitaine le 19 février 1918, il décida de mettre fin à son implication militaire le 5 novembre, quelques jours avant que soit signé l’armistice.

Les princes Sixte, Xavier, Félix et René en 1914


Le prince Félix s’est rapproché de Charlotte de Luxembourg, sa cousine germaine par sa mère, lors du mariage de sa sœur Zita avec le futur empereur Charles d’Autriche en 1911. Félix avait dix-huit ans quand elle avait trois ans de moins que lui. Les deux jeunes gens se sont fiancés en 1918 et en décembre le pape Benoît XV leur accorda une dispense vu la proximité des liens de parenté. Bien que ce projet de mariage fût connu au Luxembourg depuis 1915, l’annonce officielle intervint le 30 octobre 1919, soit une semaine avant l’union. Le 15 janvier, Charlotte succédait à sa sœur Marie-Adélaïde qui avait été contrainte à abdiquer suite, notamment, à une attitude jugée germanophile durant le conflit. Bien que la monarchie ait été plébiscitée lors du référendum du 28 septembre, le choix du prince Félix de Bourbon-Parme, puisqu’ayant servi dans l’armée autrichienne, ne recueillait pas l’approbation de tous. Devant la pression gouvernementale, Charlotte refusa de céder et indiqua qu’elle épouserait Félix et personne d’autre. Le 5 novembre, le prince Félix reçut la nationalité luxembourgeoise, bien que cette question ait suscité des débats au parlement, par une loi signée la veille. Un arrêté grand-ducal l’incorpora au sein de la noblesse luxembourgeoise et lui accorda le titre de Prince de Luxembourg, auquel la grande-duchesse Charlotte ajouta celui de Prince de Nassau par un décret de la Maison de Nassau. 

Portant la Grande Médaille d'argent pour la
Bravoure (Autriche)


Initialement, le mariage devait se dérouler au château de Berg, afin d’éviter des manifestations dans la capitale, mais le président de la Chambre des Députés convainquit le couple à célébrer leur union à Luxembourg, une première dans l’histoire du grand-duché. Le 6 novembre, après un bal la veille, la grande-duchesse Charlotte et le prince Félix ont été mariés civilement par le bourgmestre de Luxembourg Luc Housse au Palais grand-ducal en présence uniquement des proches parents. Le marié portait le cordon de l’Ordre du Lion d’or de la Maison de Nassau, ainsi que la Grand-Croix de l’Ordre Constantinien de Saint-Georges, dont il était Sénateur, et l’Ordre hongrois de Saint-Etienne. En la cathédrale Notre-Dame, le Nonce apostolique Mgr Nicotra présida la cérémonie religieuse. Le prince Félix choisit ses frères Sixte et Xavier comme témoins. A la sortie du couple, les badauds restèrent silencieux, une attitude qui trancha avec la foule qui les acclama à plusieurs reprises au balcon du Palais grand-ducal. 





Désormais prince consort, il fit très vite oublier les sentiments négatifs qui avaient été nourris à son égard. La grande-duchesse Charlotte et le prince Félix s’employèrent à tisser des liens profonds entre la famille grand-ducale et le peuple luxembourgeois. Certes les résultats du référendum de 1919 étaient favorables à la monarchie, mais il importait de construire une dynastie qui soit proprement luxembourgeoise. Quitte d’ailleurs, au début du règne, à prendre ses distances avec la grande-duchesse douairière Marie-Anne et ses autres filles, une attitude qui était de surcroît appréciée par des puissances comme la France. La naissance en 1921 d’un prince héritier, prénommé en référence à Jean l’Aveugle, symbolisait ce nouveau départ. Cinq autres enfants suivirent à qui Félix inculqua d’ailleurs des notions d’italien : Elisabeth (1922-2011), Marie-Adélaïde (1924-2007), Marie-Gabrielle (1925), Charles (1927-1977) et Alix (1929). 




Comme d’autres princes consorts européens, souvent relégués au second plan et contraints de marcher deux pas derrière leurs épouses, il a parfois confié que cette fonction était assimilable à un « job pourri ». Des missions officielles lui furent cependant confiées dès après son mariage. Ainsi, le 12 février 1920, le prince Félix est nommé colonel de la Compagnie des Volontaires luxembourgeois. De 1923 à 1932, il fut chargé de la présidence de la Croix-Rouge luxembourgeoise. Le 23 janvier 1937, il devint membre du Conseil d’Etat. Son président Maurice Sevenig déclara d’ailleurs suite à son décès : « Il tenait à prendre une part active à nos travaux auxquels il apportait un jugement sûr, d'une sincérité évidente et d'une rare indépendance d'esprit. La sincérité de son opinion et la franchise de son langage étaient légendaires. Il exprimait sans détour son jugement sur les hommes et les choses avec une spontanéité parfois surprenante qu'une évidente bonté du cœur empêchait cependant de jamais devenir choquante ». 


Accueil du roi Albert Ier et de la reine Elisabeth au Luxembourg en 1930

Amateur de bonne chère et passionné par la chasse, il appréciait également la pêche et le golf. A cet égard, il a été membre du conseil d’administration de la Société Immobilière du Golf S.A., constituée en 1934 avec l’apport de terrains appartenant à la Maison grand-ducale. Il a également été choisi plus tard comme président d’honneur du Golf Club Grand-Ducal. L’année 1934 coïncida aussi avec la vente d’une partie de la forêt de Grünewald et du château de Berg par l’Administration des Biens de la Couronne au profit du gouvernement pour une somme de 40 millions de francs. La rumeur s’est alors répandue que cette vente était intervenue afin d’éponger des dettes de jeu du prince Félix. Une légende urbaine, fausse même si elle eut la vie dure au grand-duché. 




En 1938, à la suite du déroulement à Luxembourg des Conférences Internationales de Médecine militaire, un Comité International d’Information et d’Action pour la Protection de la Population civile en temps de guerre fut créé. L’époux de la grande-duchesse Charlotte en accepta la présidence. L’année suivante, du 27 août au 5 septembre, il se rendit en voyage aux Etats-Unis accompagné de son fils aîné Jean à l’occasion de la journée luxembourgeoise à la foire internationale de New York. Ils furent reçus à la Maison Blanche par le président Franklin D. Roosevelt qu’ils reverront à plusieurs reprises les années suivantes. 




Le 9 mai 1940, le prince Félix était au château de Steenokkerzeel, en Belgique, pour les 48 ans de sa sœur l’impératrice Zita. Il regagna cependant le Luxembourg précipitamment face à l’importante concentration de troupes allemandes aux frontières orientales. Le lendemain, la famille grand-ducale prit le chemin de l’exil, d’abord en France, puis en Espagne et au Portugal. Après avoir contacté la Maison Blanche, le croiseur « USS Cruiser Trenton » qui revenait des Açores fut envoyé au secours de la famille grand-ducale. Le prince Félix et ses enfants embarquèrent le 15 juillet et arrivèrent après onze jours en mer à Annapolis. La famille, à laquelle le président Roosevelt offrit un déjeuner, pu loger quelques jours à la Maison Blanche avant que ne soit mis à leur disposition une résidence à Long Island. La grande-duchesse Charlotte, après avoir gagné Londres, les rejoignit le 4 octobre. Le président américain offrit en leur honneur un dîner le 20 octobre dans sa résidence privée à Hyde Park, en présence notamment du gouverneur général du Canada, le comte d’Athlone. 

A bord du croiseur à Annapolis

Avec Mme Eleanor Roosevelt à la Maison Blanche
© Centre National de l'Audiovisuel


Le Canada avait en effet été choisi comme lieu de résidence afin d’éviter de mettre les Etats-Unis dans une position délicate, puisque pas encore engagés dans le conflit, mais aussi pour que les enfants puissent continuer leurs formations dans des établissements catholiques. La famille grand-ducale, qui n’a eu aucune difficulté pour obtenir des visas canadiens, s’établit donc à Montréal le 24 octobre 1940. La grande-duchesse – qui retrouva d’ailleurs Londres de septembre 1941 à mai 1942 – s’est cependant rendue, en compagnie de son époux, régulièrement aux Etats-Unis pour y avoir des entretiens avec le président Roosevelt : ils furent ainsi reçus officiellement, avec le grand-duc héritier Jean, du 12 au 14 février 1941 à Washington, mais aussi de manière plus informelle le 25 août 1941, le 25 mai 1942 et le 25 août 1942. 

1941

1941


Le 6 octobre 1942, le prince Félix embarqua avec son fils aîné à bord d’un « clipper » à destination du Royaume-Uni. Ils rejoignirent l’armée britannique le mois suivant. Le prince consort fut nommé comme officier de liaison du Northern Command à Londres. Général de brigade au sein du 21e Groupe d’armées britannique, commandé par Montgomery, il fut dès 1943 le chef de la Mission Militaire Luxembourgeoise en liaison avec le Grand Quartier Général des forces expéditionnaires alliées avant le Débarquement en Normandie. Il fut également officier de liaison avec la première armée française la plupart du temps qu’ont duré ses opérations sur le territoire français. A la fin du mois de juin 1944, le prince Félix fut attaché au 12e Groupe d’armées américain, commandé par le général Bradley. Il entra d’ailleurs au service du Quartier Général de la troisième armée américaine du général Patton qui libéra notamment Metz. 

1942 (Londres)
© Arnott and Rogers/Collections grand-ducales/
tous droits réservés



Ensuite, il fut attaché au Quartier Général de la 5e division blindée du 5e corps américain à qui il fut désigné la tâche de la libération du Luxembourg. Le prince Félix retrouva le grand-duché le 10 septembre 1944 et fut ovationné au balcon du Cercle municipal avec le général Lunsford E. Oliver. Le prince Jean rejoignit son père en après-midi pour goûter à l’enthousiasme des Luxembourgeois. Au début de la Bataille des Ardennes, le prince Félix intervint auprès du Haut-Commandement des armées alliées pour que le grand-duché et ses habitants soient au maximum épargnés. Le 14 avril 1945, la grande-duchesse Charlotte était de retour de son exil, accompagnée tout naturellement de son époux et de plusieurs de ses enfants. Après s’être occupé du rapatriement de sa belle-sœur la princesse Antonia, retrouvée par les Américains dans un hôpital de Jena, il participa le 29 avril à la libération du camp de concentration de Dachau. Il espérait y trouver son frère Xavier, cependant celui-ci avait été déplacé quelques jours auparavant avec d’autres prisonniers spéciaux. Le 17 juillet, suite à l’introduction de l’obligation d’un service militaire, un arrêté grand-ducal le nomma au grade de général-commandant et d’inspecteur général de l’armée. 

Balcon de l'Hôtel de Ville
© Collections grand-ducales/tous droits réservés

Libération du camp de Dachau


Son engagement militaire durant la Seconde Guerre mondiale le fit entrer littéralement dans l’histoire du grand-duché au côté de son épouse. Il reçut à cet égard plusieurs décorations comme la Croix de guerre française qui lui fut remise le 13 novembre 1945 par le général Koenig. Egalement en 1945, il reçut la Silver Star pour « conduite héroïque sur champ de bataille » et le Grand Quartier Général des forces expéditionnaires alliées lui décerna la Legion of Merit pour « sa conduite d’un mérite exceptionnel et pour les services extraordinaires qu’il a rendus depuis mars 1944 jusqu’à la libération de Luxembourg ». Il se rendit par ailleurs le 2 avril 1946 à Buckingham Palace où le roi Georges VI le fit Chevalier de l’Empire britannique. Des délégations lui remirent au Luxembourg la Croix Commémorative de Guerre (Pays-Bas) en 1949, la Médaille d’Or de l’American Legion en 1957 et l’insigne d’honneur de la Société Nationale des Croix de Guerre Belges en 1958. 




Les premières années d’après-guerre furent consacrées à la reconstruction du pays. La grande-duchesse Charlotte et le prince Félix ont sillonné le Luxembourg afin de constater les affres de la guerre et rencontrer la population. De nombreuses activités étaient liées au souvenir de la guerre. Le 27 novembre, le prince Félix était invité au premier anniversaire de la libération de Metz. Le 12 décembre 1945, il effectua avec le grand-duc héritier une visite à Bruxelles, puis à Berlin du 20 au 24 octobre 1946. En 1947, il redevint président de la Croix-Rouge luxembourgeoise. Il était également président d’honneur de l’Union des Mouvements de Résistance luxembourgeois. Il accordait par ailleurs son haut patronage à la Fondation des Anciens Combattants du Monde et, avec son épouse, à l’Association grand-ducale des Anciens Militaires luxembourgeois. 

Mariage de la princesse Elisabeth en 1956


Le prince Félix et ses deux fils Jean et Charles le jour de la fête nationale
le 23 juin 1962

© Jean Weyrich/Collection personnelle Valentin Dupont

Dans les années 1950, cinq de ses six enfants se sont mariés : Alix avec le prince Antoine de Ligne en 1950, Marie-Gabrielle avec le comte Knud Holstein til Ledreborg en 1951, Jean avec la princesse Joséphine-Charlotte de Belgique en 1953, Elisabeth avec le prince François-Ferdinand de Hohenberg en 1956 et Marie-Adélaïde avec le comte Karl Josef Henckel de Donnersmarck en 1958. Après plusieurs années pour faire accepter son choix par ses parents, le prince Charles épousa en 1967 une roturière américaine et divorcée, Joan Douglas Dillon. Il eut la joie d’être vingt-sept fois grand-père et fut d’ailleurs choisi comme parrain pour la princesse Sophie de Hohenberg et le comte Félix Henckel de Donnersmarck, tous deux né en 1960. Le grand-duc Henri a avoué récemment que son grand-père, avec sa stature imposante, faisait quelque peu peur à ses petits-enfants. 

Les 70 ans du prince Félix en 1963
© G. Mirgain/Collection personnelle Valentin Dupont
Avec son petit-fils le prince Guillaume


Le 25 avril 1951, le prince Félix démissionna du Conseil d’Etat au profit de son fils Jean. Il reprit cette fonction dix ans plus tard, le 5 mai 1961, suite à la nomination du grand-duc héritier comme lieutenant-général. La passation de pouvoir entre la grande-duchesse Charlotte et son fils Jean intervint en 1964. Après cette date, le prince Félix continua encore à accorder de régulières audiences à des responsables militaires étrangers tels que les attachés militaires, puisqu’il conserva son rang de général-commandant et d’inspecteur général de l’armée jusqu’en 1967. La grande-duchesse Charlotte et le prince Félix ont célébré leurs noces d’or en 1969, entourés de leur famille. A cette occasion, le gouvernement leur décerna la Croix de l’Ordre de la Résistance.


© Tony Krier/Collection personnelle Valentin Dupont

L’année 1969 coïncida avec une santé de plus en plus chancelante pour le prince Félix. D’ailleurs, son mandat de président de la Croix-Rouge luxembourgeoise prit fin et il démissionna, au profit de son fils Charles, du Conseil d’Etat le 24 mars. Dans la lettre faisant état au président de l’institution, il indiquait : « Hélas, les raisons d'âge et surtout de santé – combien impérieuses et valables – m'ont imposé la décision de vous quitter après tant d'années de participation à vos efforts et à vos réalisations ». Le prince Félix est décédé le 8 avril 1970 à 8h25 au château de Fischbach à l’âge de 76 ans et la Cour prit le deuil durant six semaines. Son état s’était dégradait d’une manière telle deux jours plus tôt que les derniers sacrements lui avaient été administrés. Dans une déclaration parue le jour du décès, le gouvernement exprimait que : « […] Son activité civile et Sa vie de soldat entreront […] dans notre histoire nationale. Ce sont Ses mérites qui nous font nous incliner profondément devant Sa dépouille mortelle. Son souvenir ne s’effacera ni de nos cœurs ni de l’histoire de notre pays ». 

Les noces d'or en 1969

Durant trois jours, décrétés jours de deuil national, les Luxembourgeois eurent la possibilité de s’incliner devant sa dépouille, installée dans une chapelle ardente dans le hall du Palais grand-ducal. Ses funérailles ont eu lieu le 11 avril en après-midi. Après une absoute au Palais, le corps fut transféré, au rythme de 42 coups de canon, par vingt sous-officiers de la Force publique jusqu’à la cathédrale Notre-Dame. Le cortège était suivi par les membres masculins de la famille, les princes étrangers et les principales autorités du pays. Les dames gagnèrent directement la loge grand-ducale pour la messe pontificale de requiem célébrée par Mgr Léon Lommel, évêque de Luxembourg. Dans l’assistance se trouvaient notamment le roi Olav de Norvège, la reine Juliana des Pays-Bas, le prince François-Joseph II de Liechtenstein, sa sœur l’impératrice Zita d’Autriche, le prince Albert de Belgique qui était son filleul, le prince Bertil de Suède, le roi Michel et la reine Anne de Roumanie, le duc et la duchesse de Wurtemberg, le prince et la princesse Napoléon, la princesse Tomislav de Yougoslavie et des représentants des familles de Bavière, d’Arenberg, de Bade et de Croÿ. A la fin de la cérémonie, le cercueil fut transféré jusqu’à la crypte par dix sous-officiers alors que 21 autres coups de canon étaient tirés. 

Funérailles du prince où on reconnaît le grand-duc héritier Henri, le grand-duc
Jean, le prince Charles et le prince Xavier de Bourbon-Parme (avant-plan)
ainsi que le roi Olav V de Norvège, le prince Louis Napoléon, le comte Charles-
Joseph Henckel de Donnersmarck et le prince Antoine de Ligne (second plan)

Le 23 avril, une séance en son hommage s’est tenue à la Chambre des Députés tout comme au Conseil municipal de Luxembourg. Son souvenir fut également évoqué le 16 avril lors d’une séance au Conseil d’Etat. Outre les décorations susmentionnées, le prince Félix était également Grand-Croix de l’Ordre de la Couronne de chêne et de l’Ordre militaire et civil d’Adolphe de Nassau (Luxembourg), Grand-Croix de l’Ordre de Léopold (Belgique), Grand-Croix de la Légion d’honneur (France), Chevalier de l’Ordre des Séraphins (Suède), Grand-Croix de l’Ordre du mérite du Saint-Sépulcre et Chevalier de l’Ordre du Christ (Vatican), Grand Cordon de l’Ordre Militaire d’Aviz (Portugal), Grand-Croix de l’Ordre de Saint-Charles (Monaco), Bailli Grand-Croix d’Honneur et de Dévotion de l’Ordre de Malte ainsi que Grand-Croix de l’Ordre du Mérite de Saint-Louis (Maison de Parme). Il avait également reçu en 1958 la Médaille de Mérite en Or de la Société de la Croix-Rouge autrichienne en tant que président de la Croix-Rouge luxembourgeoise.

16 avril 2015

Philippe et Mathilde à Copenhague

Ce 15 avril, le Roi et la Reine étaient conviés au dîner organisé au Château de Christiansborg à l'occasion du 75ème anniversaire de la reine Margerthe II de Danemark à l'instar d'autres couples royaux européens. Le Roi des Belges célébrait d'ailleurs le jour-même ses 55 printemps. 

© Nils Meilvang


Lors de cette soirée, le roi Philippe portait l'uniforme de gala de la Composante Terre. Le col de l'uniforme illustre le grade du Roi : général quatre étoiles en tant que chef de l'armée. D'autres insignes sont révélateurs de son parcours au sein de l'armée : son passage par l'Ecole Royale Militaire de 1978 à 1981 au sein de la 118ème Promotion Toutes Armes (épaule gauche), ses ailes de pilote obtenues le 9 juillet 1982 (côté gauche de la poitrine), son insigne de parachutiste reçu le 28 octobre 1982 (côté droit de la poitrine) et enfin son insigne de commando obtenu le 17 décembre 1982 (épaule droite). Le Souverain portait tout naturellement l'Ordre de l’Éléphant dont il fut fait Chevalier en 2002 lors de la visite d'Etat de la reine Margrethe II et du prince consort Henrik en Belgique.

© Nils Meilvang



La reine Mathilde portait une robe fuchsia signée Armani qu'elle avait déjà choisie en 2011 lors du dîner de gala organisé le soir du mariage du prince Albert II de Monaco. Ne possédant pas de décoration danoise, elle arborait le Grand Cordon de l'Ordre de Léopold qu'elle reçut suite à son mariage avec l'héritier au trône belge en 1999. Pour le diadème, la Reine avait opté pour celui dit des Neufs Provinces. On se souviendra qu'elle portait sa partie inférieure appelée grecque pour le premier portrait officiel en 2013 ou lors de la visite d'Etat du président chinois en 2014, mais c'est la première fois qu'elle arbore la version complète de ce joyau. Faut-il rappeler que ce dernier a été offert en 1927, suite à une souscription nationale, à la future reine Astrid? Après l'accession au trône de son époux en 1934, elle y fit ajouter des motifs rhomboïdaux. Les onze gros diamants, totalisant cent carats, représentaient alors l'union des neufs provinces de l'époque et du Congo autour de la Maison royale.

© Tim Rooke/REX Shutterstock/Newscom

2011