22 septembre 2014

Archives: le Prince et la Princesse de Ligne en 1994

Le 20 avril 1994, le prince Antoine de Ligne et son épouse, née princesse Alix de Luxembourg, étaient en visite au Zeepreventorium à De Haan, un centre médical et pédiatrique de revalidation situé à la Côte belge accueillant des jeunes souffrant de maladies chroniques ainsi que de la mucoviscidose. Le Prince de Ligne accepta d'accorder son Haut Patronage en 1995 lorsque ce centre est devenu l'asbl Fonds voor het Zeepreventorium De Haan. Le couple princier assistait alors régulièrement aux divers événements de charité organisés au profit de l'asbl. Après le décès du prince Antoine en 2005, c'est son fils le prince Wauthier qui a poursuivi ce dévouement auprès du centre. 

(© Collection personnelle Valentin Dupont)

(© Collection personnelle Valentin Dupont)

De gauche à droite : Dirk I.E. van der Bauwhede (président du Fonds), la Princesse,
le Prince et la baronne Hilde Franckx (médecin-en-chef du Fonds)
(© Collection personnelle Valentin Dupont)

De gauche à droite : M. et Mme van der Bauwhede, la Princesse, le Prince et Yvan Catrysse
(bourgmestre de De Haan)
(© Collection personnelle Valentin Dupont)

10 septembre 2014

Des parrains et marraines pas comme les autres

La monarchie belge est détentrice d'une tradition unique. En effet, certains nouveaux-nés se voient désigner le Roi ou la Reine comme parrain ou marraine. Cette faveur est accordée au septième fils ou à la septième fille d'une famille. Cet enfant doit donc être le septième d'une lignée, issue d'un même mariage, ininterrompue par un enfant du sexe opposé. Les démarches sont bien souvent entreprises par le bourgmestre après que le nouveau-né ait été déclaré à l'état-civil, même si rien n'interdit aux parents ou à un tiers de contacter le Palais. Pour que la démarche aboutisse, les parents se doivent d'être irréprochables. Il n'y a aucune obligation de donner le prénom du Roi ou de la Reine, même si celui-ci est souvent choisi comme premier ou second prénom.

La tradition a été initiée par le roi Léopold Ier, même s'il ne fut en réalité parrain que d'un seul garçon. Cette coutume s'est vraiment généralisée sous le roi Léopold II et il fallut attendre la reine Elisabeth pour que les septièmes filles consécutives d'une famille se voient aussi accorder une marraine royale. Lors de la Régence, c'est le prince Charles qui assuma le parrainage, même si certaines familles effectuèrent des démarches afin que se soit plutôt le roi Léopold III, alors en exil en Suisse, le parrain. Notons par ailleurs que le prince Alexandre, fils de Léopold III et de la princesse Lilian, accepta d'être le parrain du douzième enfant d'une famille originaire de Neder-Over-Heembeek. Le roi Baudouin eut exactement 594 filleuls au cours de son règne de 42 ans marqué par le baby-boom des années 1950 et 1960. De son côté, la reine Fabiola compta environ 260 filleules. Le couple royal a choisi d'étendre la tradition aux enfants n'ayant pas la nationalité belge mais dont les parents étaient installés depuis suffisamment longtemps en Belgique et dont la plupart des frères ou sœurs étaient nés sur le sol national.

En 1953 une délégation de filleuls du roi Léopold II se rassemblent
pour fleurir, le jour de la Saint-Léopold, la statue de leur parrain à la
Place du Trône


Baudouin Henry, né en 1968, interrogé par la presse suite au décès de son parrain déclara : « Un représentant du Roi est venu à mon baptême pour apporter un cadeau : un gobelet et une cuillère en argent. Ensuite, à l’occasion de ma communion, j’ai reçu un courrier me félicitant et me souhaitant « Bon amusement ! ». Mais il ne s’est jamais manifesté aux anniversaires, ne s’est jamais informé sur les études que j’envisageais de suivre ». Les cadeaux, toujours en argent et portant le monogramme royal, peuvent être une timbale, un plateau, une coupe, un gobelet, un bol ou encore une cuillère. Ceux-ci ne sont plus à l'heure actuelle présentés aux parents par un représentant du Roi ou de la Reine lors du baptême mais une cérémonie est organisée à cet effet par les autorités communales qui remettent souvent également un cadeau pour le nouveau-né.

Un gobelet et une cuillère offertes à un filleul du roi Baudouin
Extrait d'un reportage du JT de la RTBF en 1991 sur cette tradition et
une famille qui compte trois filleuls royaux!


Un autre filleul du roi Baudouin, originaire de Basse-Bodeux et ayant préféré gardé l'anonymat pour ne pas faire de « jaloux », raconta à la presse que lorsqu'il fut mis au courant de l'identité de son parrain il prit l'habitude de lui envoyer une carte, chaque fin d'année, pour lui présenter ses bons vœux. Et il en recevait toujours une en retour. Un jour, âgé de six ans, il demanda dans une lettre si son parrain ne pouvait pas lui offrir un vélo... Un membre du cabinet du Roi se présenta par la suite pour remettre aux parents un chèque équivalent au prix d'un vélo! Baudouin Seynhaeve, lui, eut la chance de recevoir son parrain chez lui. En visite à Mouscron en 1974, le roi Baudouin et la reine Fabiola ne manquèrent pas de saluer le petit garçon de onze ans lors de leur passage dans le quartier du Nouveau-Monde. Le couple royal décida ensuite de visiter la maison familiale afin de rencontrer les parents ainsi que les neuf autres frères!

A Mouscron en 1974


Les filleuls et filleules du couple royal furent invités - ceux ayant au moins vingt-cinq ans - en 1991 à l'occasion des festivités « 60-40 » qui célébraient les 60 ans du roi Baudouin et les 40 ans de règne. Ils reçurent une invitation pour un événement moins joyeux: les funérailles du souverain en 1993. Une retransmission de l'événement eut lieu spécialement à leur intention en l'église Saint-Jacques-sur-Coudenberg. Bien des années plus tard, en 2006, la reine Fabiola s'éclipsa d'une garden-party organisée à Laeken, à laquelle avaient été invités des jeunes, pour rencontrer au calme plusieurs de ses filleules ainsi que des filleuls de feu son époux. S'étant enquise de la vie professionnelle et familiale de ces jeunes dans une ambiance très détendue, elle s'amusa à raconter, avec une certaine malice, qu'un jour un filleul du roi Baudouin et une de ses filleules s'étaient mariés. Baudouin Bosschaerts et Fabiola Hofmans avaient d'ailleurs été reçu pour le thé à Laeken, avant leur mariage, en 1979.



En 2012, le roi Albert II et la reine Paola avaient respectivement 31 filleuls et 33 filleules. De son mariage avec le prince Albert, le 2 juillet 1959, jusqu'au moment où le roi Baudouin convola en décembre 1960, ce fut la princesse Paola qui accorda son parrainage à quatre filles. La première de celles-ci, Paola Thémans, née le 2 novembre 1959, a écrit à la Princesse au moment de sa communion solennelle en 1971. Dans la lettre, elle y exprimait le souhait de pouvoir rencontrer sa marraine. Une réponse favorable émana de la princesse Paola qui jugea que c'était justement l'occasion de pouvoir recevoir ses quatre filleules. Elles furent donc invitées, avec leurs parents, le 16 juin 1971 au Belvédère en présence du prince Philippe.

Dans son ouvrage sur la reine Paola, Vincent Leroy y retranscrit les souvenirs de cet après-midi : « Ma marraine avait bien voulu recevoir aussi ma sœur jumelle Patricia, car nous étions inséparables. Maman avait coupé nos robes de communiantes. Quand j’ai vu la princesse, je l’ai embrassée et je lui ai dit « Bonjour Marraine ». Maman a voulu me reprendre mais la princesse a dit : « Laissez, c’est normal ». Puis nous avons pris le goûter : des gâteaux et une glace aux framboises qu’elle avait faite elle-même. J’ai reçu un livre sur les plantes, signé par ma marraine. Malheureusement, on me l’a volé quand mon mari et moi habitions Namur. Elle a parlé avec mes parents ; mon père était très attaché à la princesse. Jusqu’à sa mort il y a deux ans, il a d’ailleurs gardé dans son portefeuille une photo de cette journée. Mais moi, je ne pensais qu’à une chose ; jouer. On habitait un appartement et puis là, au Belvédère, il y avait des balançoires et un grand parc. J’ai pris le vélo de la princesse et je suis partie avec Philippe. Nous devions repartir à 4 ou 5 heures de l’après-midi ; on a en fait quitté le château vers 6 ou 7 heures ! Philippe, c’était un garçon comme les autres. Il a d’ailleurs pris des photos que nous avons reçues par la suite. Ce qui m’a frappé, c’est que, quand nous sommes partis, il a suivi la voiture et puis s’est arrêté brusquement. Le chauffeur nous a dit qu’il ne pouvait pas aller plus loin ».



Autre anecdote : en 2007 la reine Paola s'est vue présenter Betsheva-Paola Spira, une fillette de quatre jours à la sortie du 7 World Trade Center, septième fille d'une famille juive orthodoxe belgo-américaine installée aux Etats-Unis. Le père déclara alors à la presse : « Je me souvenais vaguement de cette coutume. Lorsque la petite est née, j'ai appelé le Consulat belge à New York. Cela m'a été confirmé. En même temps, on m'a expliqué que la Reine allait venir ce week-end ». Et concernant la rencontre avec le couple royal : « Le Roi et elle sont vraiment sympas. Elle m'a recommandé de faire la démarche afin que notre fille devienne sa filleule. Elle a porté la petite. Nos autres filles lui ont offert un petit bijou pour chacune des petites princesses de Belgique ». Ajoutons qu'il n'existe pas de limite quant à ces démarches. Ainsi, en 2004, Bachir El Mokhtari, un jeune belgo-marocain de 18 ans vivant à Anvers, est devenu officiellement le filleule du roi Albert II. Ses parents ne connaissaient pas cette tradition et c'est un professeur qui avait entrepris sur le tard les démarches.   

Sources : 

- Site de la Monarchie Belge [lien]
- Reportages du Journal Télévisé de la RTBF (18/07/1981) et de l'émission Place Royale (2008) 
- Archives des journaux Le Soir, La Libre Belgique, La Dernière Heure, La Province, La Nouvelle Gazette et l'Agence Marocaine de Presse
- CLEEREMANS J. (2001), Léopold III homme libre. Chronique des années 1951 à 1983, Braine-l'Alleud, J.-M. Collet, p. 19
- LEROY V. (2008), Les 70 ans de la reine Paola, Mariembourg, Imprimages, pp. 41-42

29 août 2014

Palais Royal : la Salle de Marbre

La Salle de Marbre, d'une longueur de 21 mètres, a vu le jour lors des travaux commandés par le roi Léopold II à Alphonse Balat entre 1868 et 1872 qui furent également à l'origine de la Salle du Trône. Les murs sont dotés de hauts lambris de marbre vert, encadrés de bordures de marbres rose et noir. Deux cheminées monumentales, situées aux extrémités de cette salle, sont également composées de marbres vert, rose et noir. Des portraits équestres de Godefroid de Bouillon et de Charles Quint, signés Louis Gallait, surplombent ces deux cheminées. 


(© Antonio José da Conceição Ponte/tous droits réservés)


Les murs sont tendus d'une soie brochée de couleur beige clair tandis que les tentures sont réalisées dans de la soie rouge. Le parquet, entouré de larges bordures, est composé de grands dessins géométriques de chêne, d'érable, d'acajou et d'ébène. Citons encore le plafond à caissons ainsi que les appliques et les lustres qui sont similaires à ceux se trouvant dans la Salle du Trône par laquelle on accède à cette Salle de Marbre via le Salon des Présentations. Deux doubles portes au fond de la salle donnent accès à l'Escalier des Princes et les appartements des princes étrangers lorsqu'ils logeaient au Palais. 

(© D.R.)

(© Antonio José da Conceição Ponte/tous droits réservés)


La Salle de Marbre était l'un des endroits du Palais de Bruxelles utilisé, selon les événements et le nombre d'invités, comme salle à manger. D'ailleurs, des portes dissimulées dans les lambris donnaient sur un office et un monte-charge directement relié aux cuisines. Ces lieux ont servi de décor pour un dîner organisé le 3 février 1875 en marge du mariage de la princesse Louise de Belgique, fille du roi Léopold II, avec son cousin le prince Philippe de Saxe-Cobourg. Dans le cadre d'une réception ou d'un bal, il arrivait qu'un buffet y soit dressé. Il était également possible de l'arranger en salon de réception, comme pour y accueillir la Conférence Monétaire Internationale le 5 décembre 1892.


(© Antonio José da Conceição Ponte/tous droits réservés)


Sources principales
- DE LA KETHULE DE RYHOVE T., VANDEWOUDE E. et VAN YPERSELE DE STRIHOU A. (1975), Le Palais Royal à Bruxelles, Bruxelles, Pehel Brussel 
- RANIERI L. (1991), « Les grandes heures depuis 1830 » dans Le Palais de Bruxelles. Huit siècles d'art et d'histoire, Bruxelles, Crédit Communal, pp. 345-372 
- VERMEIRE M. (1991), « Le Roi dans ses meubles » dans Le Palais de Bruxelles. Huit siècles d'art et d'histoire, Bruxelles, Crédit Communal,pp. 303-344