15 décembre 2014

Les funérailles de la reine Fabiola

Ce vendredi 12 décembre 2014, une semaine de deuil national s'achevait par la messe des funérailles de la reine Fabiola en la Cathédrale des Saints-Michel-et-Gudule suivie par un rite du dernier adieu en l'Eglise Notre-Dame de Laeken. Décédée dans la soirée du 5 décembre à l'âge de 86 ans en son Château du Stuyvenberg, la reine Fabiola avait été transférée le 8 décembre dans la chapelle du Château de Laeken puis le lendemain après-midi dans la Grande Antichambre du Palais de Bruxelles. Suivirent deux jours où les Belges eurent l'occasion de s'incliner devant la dépouille de l'ancienne souveraine puis une veillée de la famille, rejointe par certains membres du gotha fraîchement arrivés sur le sol belge comme la princesse Béatrix des Pays-Bas ou le prince Moulay Rachid du Maroc.




J'eus la chance de recevoir une invitation pour les funérailles nationales auxquelles je fus prié de me rendre dès l'ouverture des portes du porche d'honneur vers 8h30. Il faisait encore bien sombre, une matinée marquée par la pluie et les bourrasques de vent qui accompagnèrent toute cette journée. Dès l'entrée, je croisa la Princesse de Ligne, portant une mantille noire. Très vite, certains invités du gotha firent leur entrée : le Prince et la Princesse de Chimay, l'impératrice Farah Pahlavi, la comtesse Evard de Limburg Stirum, née princesse Hélène d'Orléans - que j'eus d'ailleurs l'occasion de voir mercredi au Palais pour l'hommage devant la dépouille de la reine Fabiola - qui était accompagnée de sa belle-fille la comtesse Louis de Limburg Stirum, le grand-duc Georges de Russie, la princesse Isabelle de Liechtenstein et son fils Rudolf, le Duc et la Duchesse de Castro ou encore l'archiduchesse Yolande (née princesse de Ligne) tenant le bras de son fils l'archiduc Rudolf. On put également voir les princesses Marie-Esméralda et Léa remonter la nef. Elles étaient venues accompagnées du roi Fouad II d'Egypte, grand ami de la princesse Léa, ainsi que de Renaud Bichara, fils de cette-dernière.

Le Prince et la Princesse de Caraman-Chimay
© Valentin Dupont/tous droits réservés

L'archiduchesse Yolande, née princesse de Ligne, et son
fils l'archiduc Rudolf d'Autriche
© Antoine Borighem/tous droits réservés

Les princesses Marie-Esméralda et Léa suivies de Renaud Bichara
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L'ex-roi Fouad II d'Egypte
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Se trouvaient aussi dans l'assistance : le Duc de Bragance (chef de la Maison royale du Portugal), l'archiduc Karl (chef de la Maison impériale autrichienne), le Duc de Savoie (chef de la Maison de Savoie), la princesse Nora de Liechtenstein, l'archiduchesse Anne-Gabrielle, le Duc et la Duchesse d'Angoulême, l'archiduc Michael, l'archiduc Simeon et l'archiduchesse Maria (née princesse Bourbon-Deux-Siciles), le duc Michael de Wurtemberg, la princesse Edouard de Lobkowicz (née princesse Françoise de Bourbon-Parme) et son fils le prince Charles-Henri de Lobkowicz, l'archiduchesse Alexandra (épouse d'Hector Riesle), le Duc de Croÿ, le Duc d'Arenberg, le prince et la princesse Charles-Louis d'Arenberg venus avec la Duchesse douairière d'Arenberg (née princesse Sophie de Bavière), la princesse Adélaïde d'Orléans et la comtesse héritière Erich von Waldburg zu Zeil und Trauchburg (née duchesse Mathilde de Wurtemberg). 

Le Duc de Bragance et la Duchesse douairière
d'Arenberg, née princesse Sophie de Bavière
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Après les trente-deux membres de la famille espagnole de la reine Fabiola, la famille grand-ducale fit alors son entrée. Hormis le couple grand-ducal et les héritiers, le reste de la famille fut véhiculé dans des mini-bus. Le grand-duc Jean, vu sa mobilité réduite, fit son entrée par une porte latérale, tout comme le roi Juan Carlos et la reine Sophie d'Espagne un peu plus tard. La délégation luxembourgeoise était composée par l'archiduc et l'archiduchesse Carl-Christian, le prince et la princesse Nikolaus de Liechtenstein, le prince Jean et la comtesse Diane de Nassau, ainsi que par le prince Guillaume et la princesse Sibilla. De nombreux petits-enfants du grand-duc Jean avaient également fait le déplacement : le comte et la comtesse Rodolphe de Limburg Stirum, l'archiduc Imre et l'archiduchesse Kathleen, les princesses Maria-Anunciata et Marie-Astrid ainsi que le prince Josef de Liechtenstein, la princesse Marie-Gabrielle et le prince Constantin de Nassau sans oublier les benjamins, le prince Paul-Louis, le prince Léopold, la princesse Charlotte et le prince Jean-André de Nassau. A noter qu'Hélène Vestur, la première épouse du prince Jean, avait aussi été conviée à ces funérailles.

Sortie du grand-duc Henri et de la grande-duchesse Maria-Teresa
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Sortie du grand-duc héritier Guillaume et de la grande-duchesse héritière Stéphanie
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Sortie de la princesse Marie-Astrid et de l'archiduc Carl-Christian
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Sortie du prince Jean et de la comtesse Diane de Nassau
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Puis ce fut au tour des représentants des familles régnantes : le prince Hans-Adam II de Liechtenstein, le cheikh Joaan bin Hamad bin Khalifa Al-Thani (frère de l'émir du Qatar), la princesse Béatrix des Pays-Bas, le prince Moulay Rachid du Maroc, le cheikh Nasser Al-Mohammad Al-Ahmad Al-Sabah (neveu de l'émir du Koweït), la princesse Sirindhorn de Thaïlande, la reine Margrethe II de Danemark, le roi Harald V et la princesse Astrid de Norvège ainsi que le roi Carl XVI Gustaf et la reine Silvia de Suède. Et celle que tout le monde attendait dans l'assistance, l'impératrice Michiko du Japon dont la présence était un geste exceptionnel en regard de l'amitié qui la reliait, avec l'empereur Akihito, au couple que formait le roi Baudouin et la reine Fabiola. L'impératrice japonaise abonda d'ailleurs l'assistance de petits gestes de la tête lorsqu'elle remonta la nef.

La princesse Béatrix des Pays-Bas
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Le roi Harald V et la princesse Astrid de Norvège
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L'impératrice Michiko du Japan
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D'abord réunie dans le vestibule d'honneur du Palais de Bruxelles, la famille royale belge effectua le trajet, accompagnée par l'Escorte royale à cheval, jusqu'à la cathédrale avec le corbillard transportant le cercueil de la reine Fabiola en tête du cortège. L'atmosphère, animée par une certaine décontraction, l'assistance se plaisant à commenter l'arrivée des diverses personnalités, passa véritablement sous le signe du recueillement. La famille était au grand complet, à l'exception de la princesse Luisa Maria qui étudie au Canada. Le cercueil de chêne clair fut porté par huit militaires issus des Carabiniers Prince Baudouin. Lors du passage à ma hauteur des membres de la famille royale belge, le visage de la Reine me parut très marqué.

Sortie du Roi et de la Reine
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Sortie du roi Albert et de la reine Paola
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Sortie du prince Laurent et de la princesse Claire
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Sortie de la princesse Louise
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Sortie de la princesse Marie-Esméralda et de la comtesse
Solange de Liedekerke de Pailhe
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La cérémonie religieuse était présidée par Mgr le cardinal Danneels qui a bien connu la reine Fabiola, avec l'aide de l'archevêque de Malines-Bruxelles Mgr Léonard, le Nonce apostolique Mgr Berloco, le doyen de Saints-Michel-et-Gudule Claude Castiau et les évêques de Belgique. Après la première lecture du Cantique des Cantiques (2,8-13) par Maria Cristina Ruíz de Ojeda y Silva (petite-nièce de Fabiola, épouse du comte Louis-Arnold de Looz-Corswarem), la deuxième lecture de la Première Lettre de Saint-Paul aux Corinthiens (1 Co 15, 35-37 ; 42-46) par Wilfried Van Kerckhove, Grand-Maître honoraire de la Maison de la Reine Fabiola et l’Évangile de Jésus-Christ selon Saint-Mathieu (Mt 5,1-12) par Herman Cosijns, ancien curé de Laeken et le diacre Claude Gillard, le cardinal Danneels prononça l'homélie dans laquelle il brossa le portrait de Fabiola, de l'amour qui la liait à Baudouin et de la place de la foi dans leur vie. Les intentions ont ensuite été lues : en français et en néerlandais pour la Duchesse de Brabant, le prince Gabriel et le prince Amedeo, en allemand pour le grand-duc héritier Guillaume, en anglais pour la princesse Louise et enfin en espagnol pour doña Blanca Escrivá de Romaní y Mora, Marquise de Amuheda, nièce de la reine Fabiola.


© Photo Olivier Polet / tous droits réservés

La famille espagnole de la reine Fabiola


Tout comme pour les lectures, c'est la reine Fabiola elle-même qui avait choisi le programme musical. Durant la communion on entendit notamment le baryton José Van Dam interpréter l'Ave Maria de Schubert et Libera me (extrait du Requiem) de Gabriel Fauré tandis qu'Amazing Grace fut chanté par la soprano germanophone Sophie Karthauser, sollicitée à d'autres reprises lors de la cérémonie. Puis "El coro Rociero", une chorale espagnole de Vilvorde aux tenues chamarées apporta une touche surprenante, mais à la fois tellement personnelle et émouvante, en interprétant La salve rociera, un chant en l'honneur de la Vierge del Rocio, rejointe par la Marquise de Amuheda aux castagnettes. Après la prière finale et la bénédiction, deux autres moments très émouvants sont venus ponctuer la messe de funérailles : Hoop doet leven (L'espoir fait vivre) par le chanteur flamand Will Tura qui avait déjà chanté aux funérailles du roi Baudouin en 1993 et La quête, due à Jacques Brel dans l'Homme de la Mancha, ici interprétée par José Van Dam. Clôturant la cérémonie, la Brabançonne fut jouée par la Musique Royale de la Marine et la sortie de la cathédrale se fit au rythme de la Fugue en ré mineur BWV 538 de Bach, avec à l'orgue le célèbre Bernard Foccroulle, qui avait déjà été interprétée lors du mariage de Baudouin et Fabiola en 1960.

© Antoine Borighem/tous droits réservés

© Valentin Dupont/tous droits réservés

Image souvenir

Une autre cérémonie, plus courte, attendait ensuite uniquement les familles belge et luxembourgeoise ainsi que la famille espagnole de la reine Fabiola. Elle se déroula en l'Eglise Notre-Dame de Laeken, où le public avait la possibilité d'y accéder de manière libre pour l'absoute. Malheureusement je ne pu qu'assister à la sortie des invités. Là, de manière simple et émouvante, deux membres du personnel on prit la parole pour vanter les mérites de leur ancienne patronne et décrire l'ambiance chaleureuse, presque familiale, qui régnait au Château du Stuyvenberg. Les personnes qui furent au service de la reine Fabiola était d'ailleurs déjà présentes en la Cathédrale des Saints-Michel-et-Gudule comme Daniel Cardon de Lichtbuer ou Bruno Nève de Mévergnies, ancien et actuel ambassadeur belge auprès du Saint-Siège, qui furent tous deux secrétaire de la souveraine. Mais aussi l'indéfectible comtesse Solange de Liedekerke de Pailhe qui était bien plus qu'une dame d'honneur pour la reine Fabiola avec qui elle vivait depuis de nombreuses années. Sa place était d'ailleurs à côté de la famille royale. Après que la famille ait accompagné, dans la plus stricte intimité, la descente du cercueil au sein de la crypte royale, le cortège s'est rendu au Château de Laeken, où furent conviés les autres altesses étrangères, pour un buffet.

Sortie de l'Eglise Notre-Dame de Laeken
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La prince Nikolaus et la princesse Margaretha de Liechtenstein
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Le prince Guillaume et la princesse Sibilla
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Un grand merci à Antoine Borighem pour une partie des photos. 

7 décembre 2014

La reine Fabiola (1928-2014)

Fabiola, Fernanda, Maria de las Victorias, Antonia, Adelaida de Mora y Aragon est née le 11 juin au palais familial, au 7 de la rue Zurbano, à Madrid. Elle est la fille de don Gonzalo de Mora y Fernandez (1887-1957), 2e comte de Mora, 4e marquis de Casa Riera, et de doña Blanca de Aragòn y Carillon de Albornoz y Elio (1892-1981). Elle a trois frères et trois soeurs : Maria de las Nieves, Gonzalo (1919-2006), Ana Maria (1921-2006), Alejandro (1923-2004), Jaime (1925-1995) et Maria-Luz (1929-2011). Beau bébé de 4,1 kilos, Fabiola a été baptisée en l'église de Santa Barbara à Madrid et eut pour marraine la reine Victoria-Eugénie d'Espagne.

En 1931, à l'âge de 3 ans (© D.R.)

Suite à la proclamation de la deuxième république espagnole, la famille Mora s'exile en 1931 à Biarritz. A la fin de l'année 1933, suite à l'élection du général Francisco Franco et l'apaisement de la situation, le père de Fabiola décide du retour de la famille. Mais elle est contrainte à un nouvel exil au déclenchement de la guerre civile en 1936. Après Biarritz, les Mora s'installent à Paris où ils possèdent un hôtel particulier rue d'Artois, puis à Lausanne. En Suisse, Fabiola est inscrite durant trois années à l'École des Soeurs de l'Assomption où elle a appris le français. L'anglais et l'allemand lui ont été inculqués par ses gouvernantes. Elle a aussi quelques notions en italien.
Au début de l'année 1939, avec la fin de la guerre civile, la famille regagne enfin son pays natal. Bien qu'ils retrouvent leur palais en ruine, ils reprennent leur vie quotidienne dans ce bâtiment néo-classique de trois étages et comportant une cinquantaine de pièces. Les vacances, elles, se déroulent à Zarauz, lieu que choisiront plus tard Fabiola et Baudouin comme lieu de villégiature après leur mariage. Fabiola, qui fut surnommée dans l'intimité Bola ("Bouboule"), poursuit son cursus scolaire à l'École du Sacré-Coeur, une institution pour les jeunes filles de bonne famille afin d'y apprendre les rudiments de la couture ou d'autres tâches ménagères.

Au mariage de sa soeur Maria-Luz avec le 13e duc de Medina de las Torres, duc de Soma et 13e comte de Saltes (© D.R.) 

Comme la plupart des filles de l'aristocratie, Fabiola s'occupe de bonnes oeuvres. Elle distribue du potage dans des centres sociaux, elle visite des familles pauvres et a ses habitudes dans la maison de retraite de la rue Almagro. Autant d'occupations qui développeront chez elle un sens aigu de la chose sociale et du contact humain. La rumeur voudrait qu'elle se soit fiancée à 24 ans avec un certain Andrès de la Vega, le fils d'un marquis, qui aurait rompu en apprenant la stérilité de Fabiola. En tout cas, de mai 1954 à juin 1955, elle suit une formation sur le mariage avec le père oblat Tomàs Dominguez.

En haut à gauche, avec ses nombreux neveux et nièces (© D.R.)

En 1957, son père, don Gonzalo, décède après une chute dans une église. La même année, Fabiola termine avec succès une formation d'infirmière à l'hôpital militaire Caravancia. Désormais, ses après-midis, c'est dans un hôpital madrilène qu'elle les passe. En 1958, elle décide de quitter le deuxième étage du palais Zurbano pour un appartement qu'elle a acheté rue Barbara de Braganza. Les rapports entre Fabiola et sa mère, qui vivait entourée de chiens en tant que président de la société protectrice des animaux, n'étaient pas toujours faciles. La jeune femme lui reprochait notamment de fermer les yeux sur la vie dissolue de son frère Jaime.

Fabiola développe également un côté artistique. En 1952, elle a composée deux chansons qu'elle a signé sous le patronyme de "Cleopatra", peut-être une référence à son nez qu'elle a fait refaire à une période où la chirurgie esthétique n'était qu'à ses balbutiements. Elle publie aussi à l'attention de ses neveux et des enfants des oeuvres dont elle s'occupe, Les douze contes merveilleux, réédités en 1961 suite à son mariage, traduits en 70 langues et dont les bénéfices ont été reversés à l'Oeuvre Nationale de l'Enfance. On dit, en outre, qu'elle a un certain goût pour la peinture, la littérature et l'architecture.

Avec ses soeurs (© Rue des Archives)


Comment Fabiola et Baudouin se sont-ils rencontrés? Les époux indiquèrent bien souvent qu'ils réserveraient cette réponse à leurs enfants. Après le décès du roi Baudouin, le cardinal Suenens, dont le souverain s'était rapproché en 1959, a publié un livre en 1995 dans lequel il révèle cette histoire1. Une démarche qui n'a pas été exempte de critiques, même au sein de la hiérarchie ecclésiastique. Le roi Baudouin se serait confié en 1960 au prélat quant à sa volonté de fonder un foyer avec une personne possédant une foi comparable à la sienne. L'ecclésiastique chargea la religieuse Veronica O'Brien, d'origine irlandaise, de dénicher l'heureuse élue. Les exigences de Baudouin étaient que la future reine devait être catholique convaincue, issue de la noblesse, et de préférence, espagnole. La "perle rare" trouvée, les deux jeunes gens se sont rencontrés et se sont engagés le 6 février 1960 lors d'une visite à Lourdes. Cette version n'exclue pas de possibles précédentes rencontres. Ainsi, certains évoquent la possibilité que Baudouin et Fabiola se soient rencontrés en 1957 chez la reine Victoria-Eugénie à Lausanne qui désirait arranger un mariage entre le souverain belge et sa petite-fille Anne. Une rencontre à laquelle la nièce de la reine aurait été conviée. D'autres témoignages indiquent que le couple se serait vu en 1958 à l'occasion d'une visite de Fabiola en Belgique à l'occasion de l'Exposition Internationale de Bruxelles ou encore qu'ils auraient été photographiés en 1959 dans un bar en Espagne2.


Les diancés à Ciergnon
(© Photo Harris/Archives du Palais Royal)

Le 16 septembre 1960, le Premier ministre Gaston Eyskens annonce à la radio les fiançailles du Roi. Le lendemain, la fiancée, dont les rédactions des journaux n'ont jamais entendu parler, est présentée à la presse au château de Ciergnon. Le mariage s'est déroulé le 15 décembre, tout d'abord dans la Salle du Trône du Palais de Bruxelles pour le mariage civil, puis en la cathédrale des Saints-Michel-et-Gudule pour la cérémonie religieuse. Arborant le diadème des neuf provinces de la reine Astrid, cédé par le roi Léopold III, Fabiola avait opté pour une robe signée Balenciaga, un ami de la famille Mora qui avait d'ailleurs dessiné la robe qu'elle portait pour son premier bal, à l'âge de 18 ans. En 2003, elle a offert cette robe au musée Balenciaga qui se trouve à Guetaria, dans le palais d'Aldamar, une ancienne propriété familiale du côté de sa mère. Elle est également l'une des généreuses donatrices de la Fondation Balenciaga.


(© J. Dworkine/Collection privée Valentin Dupont)

Leur voyage de noces est interrompu par les manifestations liées à la Loi unique. Fabiola est très vite renvoyée aux réalités qui incombent désormais à sa position. Il n'y a aucune existence constitutionnelle pour l'épouse du chef de l'Etat. Qu'importe, Fabiola a bien l'intention de marquer de son empreinte le règne de son époux et de former un duo avec lui. Elle s'est très vite imposée comme la reine des plus faibles, celle qui n'hésitait pas à prendre dans ses bras les enfants, à étreindre les malades ou à réconforter les sinistrés. Elle a mis sur pied un secrétariat social qui recevait des milliers de lettres par an. Le but était d'aiguiller vers les bonnes institutions, de suivre les dossiers, de donner une aide ponctuelle d'environ 125 euros puisée dans un fonds social établi avec les nombreux cadeaux reçus lors de son mariage mais aussi avec des donations annuelles, ou encore de servir de solution de la "dernière chance". Nombreux pourraient être les témoignages attestant du travail positif qu'a réalisé ce secrétariat, parfois avec l'implication personnelle de la souveraine qui n'hésitait pas à utiliser Pierre Harmel, ministre d'Etat et ancien Premier ministre, comme médiateur pour certains dossiers.

En 19564, avec les réfugiés du Congo (© D.R.)
En 1967, elle soutient la création de la Fondation Nationale Reine Fabiola pour la Santé Mentale (rebaptisée en 2004 Fonds Reine Fabiola pour la Santé Mentale). Elle devient aussi la marraine des Villages Reine Fabiola pour les handicapés, tout comme de l'hôpital des enfants Reine Fabiola . Elle s'intéresse également aux soins palliatifs et soutien l'action en la matière de Soeur Léontine, qui deviendra une amie. Elle accorda également son Haut Patronage à Unicef-Belgique. En 1976, elle est devenue le deuxième membre de la famille royale à devenir membre d'honneur de l'Académie royale de Médecine de Belgique. L'action de la reine Fabiola est indissociable du Concours Musicale International Reine Elisabeth de Belgique dont elle assume la présidence d'honneur depuis 1965, date du décès de la reine Elisabeth qui avait demandé à la nouvelle souveraine de l'y accompagner assez fréquemment dès 1960. Après tant d'années à suivre la plupart des sessions de ce concours, elle est apparue de plus en plus comme un de ces piliers, arrivant parfois même à faire adopter certaines de ces suggestions.

Avec la reine Elisabeth (© Collection privée Valentin Dupont)

Sa plus grande blessure sera de n'avoir pu donner un héritier. Lors du dîner de gala donné à l'occasion de la visite d'Etat du président hongrois en Belgique en 2008, la reine Fabiola a confié à son voisin : "Savez-vous que j'ai perdu cinq enfants? Ces expériences vous font grandir. Mais la vie est belle vous savez". En effet, en 1961, après une audience avec le souverain pontife, le pape Jean XXIII ne résiste pas à lâcher le scoop : la souveraine attend un heureux événement. Le Palais a annoncé une fausse-couche peu après. Il en a été de même en 1962 et 1963. En 1966, elle doit subir une opération d'urgence afin de mettre fin à une grossesse extra-utérine, suivie d'une autre intervention en 1968 pour soigner les conséquences de la précédente. Après cela, les souverains se résigneront. A l'occasion de l'Année de l'Enfance, le roi a d'ailleurs déclaré en 1979 : "Longtemps nous nous sommes interrogés sur le sens de notre souffrance. Peu à peu nous avons compris qu'en n'ayant pas d'enfants à nous, notre coeur était plus libre pour aimer absolument tous les enfants". L'instinct maternel, la reine Fabiola a eu l'occasion de le dispenser au prince Philippe et à la princesse Astrid, lorsque leurs parents ont connu une crise conjugale et que le château de Laeken apparaissait comme plus accueillant que le Belvédère. Mais aussi auprès de ses nombreux neveux et nièces espagnols ainsi qu'à ses neveux du Luxembourg, en l'occurrence la princesse Marie-Astrid et la princesse Margaretha, cette dernière dont elle est tellement proche puisqu'elle connut également une fausse-couche et un enfant mort peu après sa naissance.

Avec le prince Philippe en 1969 qui avec ses amis scouts a été engagé comme jardinier par sa tante Fabiola (© D.R.)

La cinquième reine des Belges n'a pas été une icône de la mode, contrairement à la princesse Lilian et à la princesse Paola. La presse n'hésitait d'ailleurs pas à se prêter au jeu des comparaisons entre les belles-soeurs. A son arrivée, elle choisit ainsi de bannir le chapeau à la Cour et les femmes n'eurent plus le droit de porter de distinctions honorifiques. Cependant, elle a réussi à imposer un style bien à elle. Elle apparaît comme adepte de l'éclectisme et du recyclage, pour preuve la robe qu'elle portait pour une visite d'Etat au Luxembourg en 1967 et qu'elle ressortit en 2008 lors de la visite d'Etat de la reine Beatrix, ou encore cette robe bleu à pois blanc utilisée à d'innombrables reprises. Avec les âges, elle n'hésite pas non plus à donner dans l'extravagance avec ses tenues colorées, parfois électriques, ses couches de vieilles fourrures, une épingle du Real de Madrid bien souvent, un pendentif en forme de coeur à l'image du roi Baudouin sans oublier l'imposante montre-bracelet en or de son défunt époux. Et puis, comment ne pas aborder cette coiffure inimitable, presque inchangée depuis 1960, une mise en plis laquée à souhait, dont on imagine mal qu'elle n'ait pas eu l'idée d'en déposer le brevet!


(© D.R.)

Au niveau de la vie privée, le roi Baudouin et la reine Fabiola occupaient des appartements au premier étage du château de Laeken et utilisaient parfois le bungalow qui se trouve dans le parc. Passant d'abord leur vacances à Zarauz dans une maison plutôt simple, "La Nordica", ils optèrent ensuite pour Motril où ils firent construire la "Villa Astrida" et leur yacht "Avila" n'était jamais amarré très loin. Ils appréciaient également le château de Ciergnon dans les Ardennes et ont fait construire la "Villa Fridheim", une maison de campagne typique, dans le Limbourg. Bien qu'entretenant des liens familiaux ou purement cordiaux avec presque toutes les familles royales, le couple royal avaient des relations privilégiées et d'amitié sincère avec le roi Juan-Carlos et la reine Sofia d'Espagne, l'empereur Akihito et l'impératrice Michiko du Japon, le roi Bhumibol et la reine Sirikit de Thaïlande, sans oublier le shah d'Iran et Farah Diba.

En vacances dans les Baléares en 1977 à bord du yacht "Fortuna" du roi Juan-Carlos et de la reine Sofia d'Espagne (© D.R.)

La religion a toujours eu une grande importance dans leur vie. A partir du milieu des années 1970, suite à son introduction en Europe, ils deviennent les adoptent du Renouveau Charismatique, à l'instar d'autres membres de la famille et de la Cour. D'ailleurs, en 1975, ils ont assisté à l'Année Sainte à Rome durant laquelle le mouvement fut reconnu officiellement par le pape Paul VI. On le sait, les convictions religieuses du roi Baudouin l'ont empêché de signer la loi dépénalisant l'avortement en 1990. Apparemment, Fabiola n'a eu aucune influence sur son mari tant sur ce point que sur toutes les autres affaires politiques. Hormis peut-être, selon Jean Stengers, sur la question de l'abrogation de la loi salique en 1991, à laquelle le souverain n'était pas très favorable, contrairement à la reine Fabiola qui désirait éloigner davantage le prince Laurent du trône. Bien que cet élément doive être temporisé par le fait que les pressions internationales de l'époque pour l'abrogation ont sans doute étaient plus déterminantes qu'une quelconque position de Fabiola sur la sujet.

Un couple uni et amoureux (© Collection de la reine Fabiola)

Au début des années 1990, la reine Fabiola s'inscrit dans un nouveau combat, celui en faveur des femmes issues de la vie rurale dans les pays en voie de développement. Elle est d'ailleurs la co-initiatrice d'une conférence internationale sur le sujet. En 1992, elle plaide pour des petits crédits qui pourraient être accordés à ces femmes, ce qui se fait aujourd'hui avec le système des microcrédits défendus par la princesse Mathilde ou la grand-duchesse Maria-Teresa, initié par Muhammad Yunus que Fabiola eu l'occasion de rencontrer. De manière générale, le couple royal désire aider davantage de manière structurelle les pays en voie de développement en augmentant la part des budgets nationaux réservée à cette aide. Et c'est une sorte de lobbying que réalise Fabiola auprès de nombreuses autre premières dames.

Avec le Pr. Mohammad Yunus (© D.R.)

En 1984, elle a accordé une interview, d'une durée de dix minutes, à Lutgard Simoens de Radio2. L'exercice manque de spontanéité  - les réponses ont été préparées - et les thèmes abordés sont des banalités. Cela eut le mérite d'être une première. Pour ses 60 ans, en 1988, elle a pris la parole à la radio et à la télévision. Deux ans plus tard, à l'occasion des festivités 60-40, organisées à l'occasion du 60e anniversaire du roi Baudouin et de ses 40 ans de règne, un volet est réservé aux "30 ans d'attention" de la souveraine et 300 organisations sociales ont été invitées au stade du Heysel pour la grande fête populaire. La fin des années 1980 et le début des années 1990, sont marquées par les soucis de santé du Roi : des troubles cardiaques, une tumeur de la prostate en 1991 et une opération au coeur en 1992.

Une photo qui parle d'elle-même (© Mémorial Roi Baudouin)

Le 31 juillet 1993, dix jours après la Fête Nationale, les souverains se trouvent dans leur villa de Motril. Le roi Baudouin est censé travailler sur la terrasse par un soleil de plomb quand la reine l'appelle pour dîner. Mais il n'arrive pas. Quelques minutes plus tard, elle le découvre inanimé et lui applique un massage cardiaque. Rien n'y fait, tout comme la venue du cardiologue qui tente lui aussi de la réanimer. Elle peut compter dans les premières heures de son deuil sur le prince Albert ainsi que sur les souverains espagnols qui ont interrompus leurs vacances. Bien que bouleversée par le chagrin, elle planche déjà sur les funérailles de son époux qui doivent être synonymes d'espoir et d'amour. Une fois la dépouille rapatriée en Belgique, une foule immense désire rendre hommage au roi Baudouin. Plus d'un demi million de Belges ont fait le déplacement, ont attendus plusieurs heures, parfois ont dû passer la nuit devant le Palais royal pour s'assurer d'y pénétrer le lendemain matin. Touchée par ces Belges, la reine Fabiola apparaît épisodiquement au balcon pour les saluer.


(© D.R.)

Pour les funérailles, qui se sont déroulées le 7 août, elle avait demandé aux dames de la famille de ne pas porter du noir (mais plutôt du gris), ni de chapeaux ou de mantilles noires. Elle-même apparut en blanc. Outre les lectures habituelles effectuées par le prince Philippe et le grand-duc héritier Henri, elle a souhaité des interventions toutes spéciales : Luz, une prostituée originaire de Manille, aidée par le journaliste Chris De Stoop pour témoigner du combat de Baudouin en faveur de la traite des femmes, mais aussi le commissaire royal à l'émigration Paula D'Hondt pour évoquer la lutte contre le racisme et le docteur Nathan Clumeck sur le virus du sida. Autant d'éléments qui ne pourront qu'interloquer la reine Elizabeth II, dont la présence, à l'instar du couple impérial japonais, était tout à fait exceptionnelle.

(© D.R.)

Elle est présente le 9 août pour la prestation de serment de son beau-frère, le prince Albert, en tant que successeur du roi Baudouin. De nombreux observateurs pensaient que le prince Philippe aurait succédé à son oncle, puisque Baudouin et Fabiola l'avaient pris sous son aile. Mais il y avait un ordre de succession à respecter. Il apparaît aujourd'hui que les deux frères avaient conclu un accord sur le sujet et qu'un conseil de famille s'est tenu suite au décès du souverain pour régler la question de la succession. Fabiola a d'ailleurs déclaré au Premier ministre Jean-Luc Dehaene : "C'est ainsi que Baudouin l'aurait souhaité". Fabiola, qui garde son titre de reine par courtoisie, passe quelques temps auprès de sa famille en Espagne et effectue notamment un pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle.

En 1993 chez sa soeur Maria-Luz (© D.R.)

Elle reprend assez vite ses activités, tout en laissant une place au nouveau couple royal. Elle prend d'ailleurs la présidence d'honneur de la Fondation Roi Baudouin, continue de soutenir l'action des associations qui lui tiennent à coeur, et s'investit toujours dans son combat pour les femmes rurales. Dans ce dernier cadre, elle participe à plusieurs sommets et rencontres à l'étranger. Ses efforts ont d'ailleurs été récompensés en 2001 par l'obtention de la médaille Cérès au siège de la FAO, mais elle arrête le combat en 2000 pour raison de santé. Elle s'attache aussi à faire perdurer le souvenir de son bien-aimé époux et est présente à l'inauguration de diverses statues le représentant. En 1998, elle a déménagé de Laeken pour le château du Stuyvenberg, ancienne résidence de la reine Elisabeth, où elle vit désormais avec sa dame d'honneur, la comtesse Solange de Liedekerke de Pailhe. En 2006, son secrétariat social est absorbé par le Service Requêtes du Palais.


A Genève en 1994, lors d'une réunion en prévision d'un sommet de la Femme avec le secrétaire général de l'ONU Boutros Boutros-Ghali et son épouse
(© D.R.)
Avec un malade du sida (© D.R.)

Les premières critiques à l'égard de l'ancienne souveraine surviennent en 1995, avec l'histoire du couvent sur le domaine royal d'Opgrimbie. Le roi Baudouin désirait en effet céder une partie du domaine limbourgeois à un ordre religieux pour qu'il y bâtisse un couvent. Une donation a été effectuée en présence de Fabiola en 1992 et le souverain rappelait dans son testament sa volonté de voir aboutir cette requête. Un permis de bâtir a été accordé en 1995 par le ministre flamand de l'Aménagement du Territoire. Mais il a suscité l'opposition des écologistes, suivi des libéraux et des nationalistes car ce domaine possède une destination différente dans le registre cadastral. Le permis sera cassé en 1999 par le Conseil d'Etat alors qu'un nouveau permis sera accordé en 2001 par le nouveau ministre permettant ainsi de finir les travaux. Pour certains, la reine Fabiola a essayé d'influencer le dossier, notamment en invitant le ministre à déjeuner et en lui rappelant les volontés de feu son époux.

Avec le pape Jean-Paul II lors de la béatification en 2004 de l'empereur Charles Ier d'Autriche (© D.R.)

Des témoignages esquissent également une autre facette du règne du roi Baudouin, avec un couple royal qui aurait été à la limite de l'intolérance avec les personnes qui ne partageaient pas leurs principes moraux, notamment à l'égard des homosexuels et des divorcés. Pour ce qui est des homosexuels, d'autres témoignages viennent relativiser les déclarations des premiers. Mais il apparaît, qu'en effet, Fabiola a toujours eu une horreur des personnes divorcées, personna non grata à Laeken. Elle ne possède pas non plus un caractère très facile qu'elle a toujours su dissimuler aux photographes et aux caméras. Cependant, il semble également qu'à l'instar du bon vin, Fabiola se soit adoucie avec les années. Par exemple, elle recevait parfois au Stuyvenberg le prince Alexandre, avec qui le roi Baudouin avait renoué à la fin de sa vie, et son épouse Léa, deux fois divorcée. Aujourd'hui d'ailleurs, c'est la reine Fabiola qui prend le plus de nouvelles de la veuve du prince Alexandre.


Photo prise en 2008, lors d'une séance rassemblant toute la famille royale
(© AP Photo/Yves Logghe)

En 2009, peu après une opération de la thyroïde sous hypnose à Liège, elle est admise le 16 janvier aux soins intensifs de la clinique Saint-Jean de Bruxelles pour une broncho-pneumonie. La VRT annonça même son décès. Sortie des soins intensifs le 9 février, elle pu regagner le Stuyvenberg le 20 février. Cela faisait déjà quelques années qu'elle avait réduit ses apparitions publiques. Cet ennui de santé a accentué cette tendance, surtout qu'elle est également confrontée à des problèmes d'arthrose ainsi qu'au dos. Elle paraît d'ailleurs de plus souvent dans un fauteuil roulant. Cette diminution des ses activités avait fait naître pour la première fois des critiques sur sa dotation en 2007. En effet, par une loi du 6 novembre 1993, lui a été alloué 45 millions de francs belges, un montant qui est en réalité l'indexation de ce qui fut attribué en 1934 à la veuve du roi Albert Ier. Une dotation plutôt confortable accordée après une immense émotion populaire et à une époque où la souveraine disposait d'une santé qui lui permettait d'avoir un nombre honorable d'engagements. Mais ces dernières années, avec une vingtaine de sorties par an, il lui était de plus en plus difficile de justifier ce montant, bien qu'elle ait des personnes à son service, surtout dans une période de crise.


Au mariage du prince Laurent en 2003 avec le grand-duc Henri
(© AP Photo/Geert Vanden Wijngaert)

En 2009, après son hospitalisation, elle doit également subir des menaces de mort d'un déséquilibré qui promet de la viser avec une arbalète lors du 21 juillet. On ne saura finalement pas si elle portait ce jour-là un gilet par balles sous sa tenue comme l'avait annoncé certains journaux, en tout cas elle réagit avec beaucoup d'humour : en sortant une pomme de son sac pour évoquer la célèbre légende de Guillaume Tell! Les menaces suivantes qu'elle reçut ne l'ont pas plus perturbées. La reine Fabiola, c'est aussi une certaine pointe d'humour et c'est la trouver là où ne l'attend pas vraiment.

(© D.R.)

Ces dernières années, les journaux évoquent régulièrement la reine Fabiola davantage pour sa dotation que pour ses quelques activités. En 2012, il est également question de relations privilégiées qu'elle aurait entretenue, tout comme sa famille et le roi Baudouin, à l'égard de Franco. C'est en tout cas ce que prétend l'historienne Anne Morelli, ouvertement d'extrême-gauche et athée, dont le livre Fabiola, un pion dans la politique de Franco n'est pas encore paru. Mais on sait en effet que le couple fut par exemple reçu sur le yacht du dictateur en 1961 et que le gouvernement belge avait dû dissuadé Baudouin de se rendre à ses funérailles en 1975. De là à présenter Fabiola comme le "pion" du général Franco...

(© Reporters)

On connaissait déjà l'existence de la Fondation Astrida, créée en 1992 par le roi Baudouin avant son opération à Paris. Révélée au grand public en 2012, composée de biens immobiliers comme la Villa Fridheim et de fonds financiers, Le Soir a pointé que 60% des dépenses financent en réalité les voyages des neveux et nièces de la souveraine, notamment pour se rendre à Lourdes. Soulignons que les 40% restant ont été utilisés pour financer des initiatives humanitaires en Belgiques et dans le tiers-monde. De plus, de 1995 à 2005, seuls 59.000 euros ont été dépensés. Certes, c'est tout à fait légal en Belgique, mais les médias s'interrogèrent déjà sur une éventuelle volonté d'éluder l'impôt. Début de l'année 2013, une autre fondation est mise en lumière : le Fons Pereos, créé l'année précédente, dont le capital de départ serait composé de biens meubles et de précieux tableaux dont elle avait hérités. Les objectif de cette fondation sont d'éventuellement aider pour une période limitée ses neveux ou les personnes qui furent à son service, soutenir la Fondation Astrida si besoin, promouvoir les idéaux de Baudouin et Fabiola, ainsi que soutenir des associations. La classe politique a réagit en diminuant sa dotation et la souveraine s'est engagée, profondément peinée, à faire dissoudre ce fonds. Mais voilà que récemment, on a appris que sa résidence de Motril se trouvait également dans une fondation espagnole. Le gouvernement a alors planché sur une refonte du système des dotations, impliquant une clarification dans l'attribution des dotations pour l'avenir, la fixation de leurs montants et une transparence. La dotation de Fabiola a d'ailleurs été une nouvelle fois diminuée pour atteindre 461.500 euros de dotation, soit presque une diminution d'un million par rapport à ce qu'elle percevait en 2012.

(© D.R.)

La reine Fabiola assume encore ces fonctions : présidente d'honneur du Concours Musical International Reine Elisabeth de Belgique et de la Fondation Roi Baudouin. Elle accorde son haut patronage à la Journée Mondiale Poésie-Enfance, à la Société Belge d'Audiophonie, au Salon des Aquarelles de Belgique, au Festival de Wallonie, aux Concerts de printemps de l'abbaye du Val Dieu, à l'asbl Solidarité-Orient, au Fonds National d'Aide aux Victimes de l'Aviation Belge, à la Socuété Royale des Bibliophiles et Iconophiles de Belgique, à la Société Royale Protectrice de l'Enfance, à l'Association Belge de la Lutte contre la Mucoviscidose, à l'asbl Les Stations de Plein Air, à l'Union des Artistes du Spectacle, à l'Opération Wanitou Walhain en faveur du Télévie, à la Fondation Charcot, à l'Espace Social Téléservice Bruxelles, à l'Association Belge du Diabète, à l'Association Belge des Paralysés, et à l'opération Arc-en-Ciel. En 2010 elle avait cédé sa présidence d'honneur d'Action Damien à la princesse Astrid et s'est désengagée de Vocatio (précédemment Fondation de la Vocation) au profit de Philippe et Mathilde en 2012. Par ailleurs, il semblerait que l'ancienne souveraine songe à se faire remplacer par la duchesse de Brabant des deux présidences d'honneur qui lui restent, notamment du Concours Musical Reine Elisabeth, auquel la princesse Mathilde a déjà accompagné sa tante plusieurs fois.    

Au dîner de gala précédant le mariage religieux du grand-duc héritier Guillaume en 2012 (© D.R.)

Aujourd'hui, la reine Fabiola fête son 85e anniversaire. Elle a marqué, aux côtés de son époux, trente-trois ans de la vie quotidienne belge. N'oublions pas également qu'elle transforma Baudouin, auparavant présenté comme le "roi triste". Ils effectuèrent de nombreuses visites de terrains et représentèrent en tandem la Belgique dans plus de cinquante pays. Les Belges, pour les plus anciens, garderont sûrement d'elle le souvenir d'une reine très active, notamment dans le domaine social, et ayant le contact on ne peut plus facile. Il n'était d'ailleurs pas rare qu'elle s'attarde lors d'une activité ou dans un bain de foule, désirant saluer chacun et échanger quelques mots. Comme avec l'épisode de la pomme, elle est également dotée d'un certain sens de l'humour, et possède une prodigieuse mémoire. Son secrétariat social a servi et servira d'exemples pour les souveraines suivantes. D'un autre côté, certains la présenteront comme trop religieuse, assurément ayant un tempérament bien affirmé et parfois une certaine intolérance, bien qu'elle soit devenue plus indulgente ces dernières années.


(© D.R.)

Malheureusement, ces dernières années ont entaché son image de "reine blanche" et également celle de son époux. Tout à fait personnellement, j'ai toujours trouvé dommage qu'elle n'ait pas pris l'initiative concernant sa dotation en exprimant au gouvernement son souhait de la voir diminuer. Et pour l'histoire des fondations, il aurait sûrement été possible de mieux communiquer sur le sujet afin que l'opinion publique et la classe politique n'y voit pas de problèmes éthiques. En effet, comme me l'exposait récemment un ami, elle aurait pu créer une ou plusieurs fondations dont les objectifs auraient été clairs : promouvoir ses idéaux et ceux de son époux, aider financièrement les institutions qu'elle avait soutenue durant sa vie, légué certains de ses tableaux de maîtres à la Fondation Roi Baudouin afin de les exposer dans les musées, et puis d'un autre côté elle aurait émis le souhait d'avantager ses neveux dans la succession ou s'ils connaissaient des soucis financiers. Tout le monde aurait été gagnant. Au lieu de cela, la confusion, le manque de transparence et de communication, ainsi que la multiplication des fondations, toutes interconnectées, avec des objectifs parfois pas très clairs n'ont pu que faire régner la suspicion. Dommage...

Photo prise en 2008 au Stuyvenberg pour ses 80 ans (© Palais Royal/Collection privée Valentin Dupont)

Même si j'ai un avis nuancé sur la reine Fabiola, je la reconnais volontiers comme quelqu'un qui a marqué la monarchie belge moderne, qui s'est dévouée pendant plus de trente ans pour un pays d'adoption, qui a une personnalité hors du commun, avec ses failles, mais aussi de l'humour, de l'empathie, de l'intelligence et un sens inné du contact, et je lui souhaite donc très sincèrement un joyeux anniversaire !

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Notes :
1. Cardinal Léon-Joseph Suenens, Le Roi Baudouin. Une vie qui nous parle, Ertvelde, Editions
Fraternity International Apostolic Team, 1995, pp. 15-63
2. Brigitte Balfoort et Joris De Voogt, Fabiola. Une jeune fille de 80 ans, Bruxelles, Jourdan, 2008, pp. 54-58